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23 février 2006

La Double vie de Véronique

de Krzysztof Kieslowski, 1991 - avec Irène Jacob, Philippe Volter... - musique de Zbigniew Preisner -

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Véronika en Pologne, Véronique en France ne se connaissent pas mais pressentent qu'elles ne sont pas seules au monde. Comme des jumelles nées de parents différents, elles se ressemblent, éprises de musique, si éperdument vivantes que chaque seconde pour elles vibre d'intensité. Leurs gestes se répondent ; elles se reflètent l'une dans l'autre, scrutant la réalité inversée à travers une bille transparente où dansent des étoiles, noyant leur visage sous la pluie ou dans la lumière, souffrant d'un coeur aux battements trop effrénés... tournées vers l'absolu.

Depuis la première fois que j'ai vu ce film, il m'accompagne.

Je l'ai revu hier en dvd. Ce qui me captive, m'hypnotise presque, c'est la façon dont Kieslowski s'intéresse à ce que d'habitude personne ne raconte : non pas les événements de l'existence, mais la trame de sensations, d'intuitions et de pressentiments qui tisse le présent et lui donne sa couleur. Ces instants fugitifs, ces éphémères où les êtres humains, seuls avec eux-mêmes, réagissent à la réalité qui les entoure... et peuvent découvrir qui ils sont.

"J'ai toujours su, senti, ce que je devais faire", dit Véronique. Et c'est ainsi qu'elle reconnaît l'amour, sans s'en étonner.

Le silence, l'attention, l'écoute, les vibrations de la lumière, le souffle et sa musique, la révélation évidente de mystères quotidiens, cette rayonnante disponibilité que les enfants possèdent sans le savoir... tout chez Kieslowski, jusqu'au moindre geste, parle ; le moindre plan dévoile, même à travers un sachet de thé rouge qui flotte dans un verre transparent, une intimité, une façon d'être au monde, essentielle.

Si les contes de fée, les coïncidences extraordinaires, les hasards qui n'en sont plus et les récits magiques la traversent avec grâce, c'est que le réalisateur est si attentif au plus infime signe de vie qu'ils les enchantent tous, élevant l'âme qui souffre en un véritable "exercice de joie"*. Vers les étoiles, en suivant sur l'écorce des arbres l'élan qui les projette vers le ciel.

(* Cette expression vient d'Eric-Emmanuel Schmitt, qui l'utilise avec finesse à propos de la musique de Mozart. - Ma vie avec Mozart, Albin Michel, 2005.)

 

Commentaires

Longtemps, trop longtemps...Je ne saurais plus en parler.
Mais waaaaw ! Quelle critique !

Ecrit par : Eclaboussure | 23 février 2006

Je n'aurais jamais trouvé de si jolis mots pour décrire ce film! Mais de tout les Kislowski que j'ai vu, je crois que celui qui m'a le plus émue est "Bleu"... tiens, je sens que je vais le revoir dans les jours à venir... merci de m'avoir rappeler que j'avais quelques merveilles dans ma vidéothèque ^^

Ecrit par : Doune | 23 février 2006

Vite, Eclaboussure, revois-le : il vient de sortir en dvd ! Avec des bonus, mais je n'ai pas encore eu le temps de les regarder...

Moi aussi Doune, j'ai beaucoup aimé "Bleu"... Des tas de moments précieux, informulables justement le traversaient, à travers la reconstruction d'une femme amputée de l'amour. Mais il faut que je le revoie !

Vous m'écrirez toutes les deux quand vous l'aurez revue, La Double vie ?

Et dans la foulée, je n'ai pas parlé de la candeur d'Irène Jacob, rayonnante... tout comme pendant des heures, j'évoquerais bien la mystérieuse Juliette Binoche, éclatante de vie quand la mort douloureusement lamine si violemment son personnage...

Ecrit par : Fugitive | 23 février 2006

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