05 juin 2006
Conte de femmes
L'éclat et la simplicité, l'acceptation bouleversée du surnaturel, la force magique de la bonté... Difficile d'exprimer en une ou deux phrases la richesse émotionnelle du dernier film d'Almodovar !
Des femmes, vivantes de leurs paradoxes, intenses et vulnérables. Des amies, des soeurs, des filles, des tantes, des mères, à l'origine de la vie et des histoires. Farouches, secrètes, et qui reviennent sur les questions trop longtemps tues de leur passé... (Volver...ou revenir)
L'amour qui les lie les magnifie, leur imagination les porte. Elle se créent libres, toutes seules, ensemble...Je n'en dis pas plus, pour ne pas trahir leurs secrets.
Ce conte de femmes, il faut se déplacer pour l'écouter.
* Les actrices ? Cannes les a récompensées et ce n'est pas volé !
Je brûle de revoir Todo sobre mi madre et Hable con ella !
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23 février 2006
La Double vie de Véronique
de Krzysztof Kieslowski, 1991 - avec Irène Jacob, Philippe Volter... - musique de Zbigniew Preisner -
Véronika en Pologne, Véronique en France ne se connaissent pas mais pressentent qu'elles ne sont pas seules au monde. Comme des jumelles nées de parents différents, elles se ressemblent, éprises de musique, si éperdument vivantes que chaque seconde pour elles vibre d'intensité. Leurs gestes se répondent ; elles se reflètent l'une dans l'autre, scrutant la réalité inversée à travers une bille transparente où dansent des étoiles, noyant leur visage sous la pluie ou dans la lumière, souffrant d'un coeur aux battements trop effrénés... tournées vers l'absolu.
Depuis la première fois que j'ai vu ce film, il m'accompagne.
Je l'ai revu hier en dvd. Ce qui me captive, m'hypnotise presque, c'est la façon dont Kieslowski s'intéresse à ce que d'habitude personne ne raconte : non pas les événements de l'existence, mais la trame de sensations, d'intuitions et de pressentiments qui tisse le présent et lui donne sa couleur. Ces instants fugitifs, ces éphémères où les êtres humains, seuls avec eux-mêmes, réagissent à la réalité qui les entoure... et peuvent découvrir qui ils sont.
"J'ai toujours su, senti, ce que je devais faire", dit Véronique. Et c'est ainsi qu'elle reconnaît l'amour, sans s'en étonner.
Le silence, l'attention, l'écoute, les vibrations de la lumière, le souffle et sa musique, la révélation évidente de mystères quotidiens, cette rayonnante disponibilité que les enfants possèdent sans le savoir... tout chez Kieslowski, jusqu'au moindre geste, parle ; le moindre plan dévoile, même à travers un sachet de thé rouge qui flotte dans un verre transparent, une intimité, une façon d'être au monde, essentielle.
Si les contes de fée, les coïncidences extraordinaires, les hasards qui n'en sont plus et les récits magiques la traversent avec grâce, c'est que le réalisateur est si attentif au plus infime signe de vie qu'ils les enchantent tous, élevant l'âme qui souffre en un véritable "exercice de joie"*. Vers les étoiles, en suivant sur l'écorce des arbres l'élan qui les projette vers le ciel.
(* Cette expression vient d'Eric-Emmanuel Schmitt, qui l'utilise avec finesse à propos de la musique de Mozart. - Ma vie avec Mozart, Albin Michel, 2005.)
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24 janvier 2006
La Moustache
La Moustache, d'Emmanuel Carrère - Avec Vincent Lindon, Emmanuelle Devos... - 2004.
"Qu'est-ce que tu dirais si je me rasais la moustache ?" demande Marc à Agnès. "Je ne sais pas. Je t'aime avec mais je ne t'ai jamais connu sans." Tandis qu'Agnès s'absente faire une course, Marc décide de lui faire la surprise. A son retour, elle ne remarque rien... et personne d'autre ne s'en apercevra. Agnès perd-elle la raison ? Ou est-ce lui, Marc, qui oublie son passé, en réinvente les souvenirs, se noie dans une vie qui n'est pas la sienne ? Pourtant, leur couple semblait heureux. Hormis celui de leur amour, chaque repère s'évanouit, l'un après l'autre. Devant cette fuite du réel, Marc fuit sa vie, abandonne son quotidien, part pour Hong-Kong en toute hâte, y tourne en rond...
Emmanuel Carrère, qui tire un film de son propre roman, réussit un exercice de style précis et déroutant, mais qui, inexpliqué jusqu'au bout, reste peut-être trop formel. Nullement froid, car les comédiens y sont extraordinaires, d'une justesse émotionnelle étonnante, en réponse totale aux douleurs immédiates, aux bonheurs saisissants, aux gestes tendres nés à l'improviste... La relation de Lindon et Devos s'impose avec évidence, troublante et touchante. Mais... que nous dit Carrère ? L'absence soudaine et affolante à l'existence, la perte irrattrapable de la conscience, un glissement de la lucidité ? Toutes les suppositions sont permises...
Et le réalisateur à son tour fuit la responsabilité d'un point de vue qui tranche, optant pour l'éternel recommencement de l'angoisse... qui naît de l'attente de ce que l'on connaît et dont on redoute pourtant le retour. Comme l'évoque la musique répétitive de Philippe Glass, fond sonore du film, que Marc écoute sans relâche. Ce même qui rassure et rend fou...
L'intelligence de Carrère prive son film d'une issue. Ou, volontairement, l'annihile. Il n'y a plus ni porte ni fenêtre.
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